La quille, bordel !

La quille, bordel !

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        Au temps du service militaire obligatoire, une tradition festive existait également parmi les recrues de l'armée, cent jours avant la fin de leur service. Quelques semaines avant un faire-part humoristique était envoyé à la famille, amis, villageois, etc. pour recueillir un peu d'argent. Le vrai Percent remonte au temps du service militaire, qui serait à l'origine du percent des lycéens. C'est la fête par excellence des « Libérables », elle a lieu à cent jours de la « libé », la fin du service militaire. Au jus là dedans, c'est le cri de celui qui réveille la chambrée, car le jus c'est le café que l'on boit chaque matin au cantonnement. Donc 100 au jus c'est 100 jours avant la libération. Le père cent est symbolisé, aussi, par un terme plus récent : La Quille, locution qui est apparue en 1936. D'où la phrase exclamative : La Quille bordel

La fin du service militaire (pour un appelé). La libération (pour un prisonnier).


        Maintenant que le service militaire obligatoire n'existe plus, les jeunes Français ne peuvent plus connaître la joie des travaux de nettoyage des toilettes, de balayage des couloirs ou de peinture des bordures de trottoirs. Ils ne peuvent pas non plus goûter aux activités viriles comme le parcours du combattant ou la course sur vingt kilomètres en treillis et rangers en portant un sac à dos plein de pierres. Enfin, ils ne peuvent plus apprécier les manifestations de franche et juvénile camaraderie comme le lit en portefeuille ou le seau d'eau pris en pleine poire pendant le sommeil, par exemple. Du coup, ils ne savent pas non plus ce qu'est le plaisir de décompter laborieusement les jours qui restent avant la fin du service, cette fameuse quille que tout appelé normalement constitué fête avec un immense bonheur.

        Mais pourquoi appelle-t-on quille ce retour tant attendu à la vie civile ?
Eh bien, au risque d'en décevoir quelques-uns, je dois avouer qu'on ne le sait pas.
On dispose bien de quelques hypothèses, émises par d'éminents lexicographes ou d'anonymes individus, dont certaines un peu loufoques, mais il n'y a aucune certitude.
Je vais donc vous proposer deux explications parmi les plus plausibles.
        Autrefois, lorsqu'on était prisonnier (parce que pour ces gens-là aussi, la libération c'est la quille) ou bidasse, le décompte des jours restant se faisait à l'aide de bâtons tracés sur des supports divers.
Il est alors aisé d'imaginer comparer ces bâtons, droits comme des I et placés côte à côte, à des quilles qui sont éliminées une par une, jusqu'à ce que la dernière, LA quille subisse enfin le même sort.
Voilà pour la première hypothèse.

        À l'époque où cette locution est apparue, en 1936, il était courant pour la hiérarchie militaire, paraît-il, de tenter de limiter les ardeurs sexuelles des jeunes et bouillants appelés en mêlant à leur alimentation du bromure de potassium, produit anaphrodisiaque par excellence. La fin du service militaire était donc, pour les militaires libérés, la promesse du retour d'une véritable et belle érection, une grosse quille, pour les plus modestes (1)
L'expression la quille bordel !, maintes fois proférée, pourrait d'ailleurs être une confirmation de cette hypothèse, cette virilité retrouvée permettant effectivement d'aller fréquenter avec efficacité un tel lieu de débauche.
On peut encore ajouter trois pistes parmi les moins capillotractées :

        Vers 1900, le verbe quiller signifiait abandonner, quitter ou partir. Quille pourrait donc être un substantif tiré de ce verbe pour désigner le départ.

        Il pourrait aussi y avoir un lien avec l'argotique quille qui désigne aussi une bouteille ("une quille de roteux"), le genre de récipient que le libéré va enfin s'empresser de vider avec joie une fois son paquetage rendu.
        Enfin, au milieu du XIXème siècle, jouer des quilles c'était s'enfuir, les quilles désignant les jambes. Alors y aurait-il un lien avec ces quilles que l'appelé s'empresse d'utiliser pour fuir son lieu de casernement ?

Compléments.

        Une légende très répandue dit que La Quille était le nom d'un bateau qui ramenait les bagnards libérés de Cayenne ou des forçats d'un éventuel autre endroit, ce qui pouvait suffire à expliquer l'origine réelle de cette fameuse quille.
Mais, interrogé et après des recherches, le Musée de la Marine à Paris a indiqué n'avoir aucune trace d'un bateau ayant ce nom et ayant servi à ce type de transport.


Remerciements à Expressio.fr et Wikipedia


(1) Et même si l'usage du bromure n'est qu'une légende - il paraît qu'une intense activité physique, comme celle qu'on pouvait pratiquer au début de son service militaire, suffit à provoquer une baisse importante des besoins sexuels - le manque de ce type d'activité en milieu militaire et l'idée de pouvoir pratiquer librement à la libération pouvait suffire à associer cette dernière à une quille pouvant s'exprimer pleinement.

La quille qui illustre l'article est celle de Frédéric LOCHIN (77/04 au 9ème RAMa)
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Des Percents et des Quilles tirés de l'album-souvenirs.

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Percent d'Alain GRUSON (84/02 au 9ème RAMa)
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Percent de Pierre PETITJEAN (64-1A au 8ème RAMa)
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Quille de Francis FOCQUEU (70/04 aux 8ème et 9ème RAMa)
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Quille d'Alain GRUSON (84/02 au 9ème RAMa)
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